Pères de l’Église · Lettre

Lettre 22 à Eustochium

Saint Jérôme — 384

Je mangeais peu, et la pâleur de mon visage trahissait mon esprit. Mais le désert avait beau me tenir, mon imagination était à Rome.

D’après Lettre 22, 7

Notice#

Adressée à une jeune Romaine qui veut se consacrer à Dieu, cette longue lettre est le manifeste de l’ascétisme latin. Elle a fait scandale à Rome — Jérôme dut quitter la ville l’année suivante — et elle a formé des générations de moines et de moniales.

Sa valeur pour le Carême tient à un passage d’une honnêteté rare : Jérôme y raconte ses propres échecs au désert de Chalcis. Il jeûnait, il pleurait, il se frappait la poitrine — et il se retrouvait en imagination dans les banquets romains, ou dansant parmi les jeunes filles. L’ascèse ne guérit pas le désir : elle le révèle.

Jérôme met aussi en garde contre le jeûne excessif, avec une phrase que peu attendent de lui : il vaut mieux « manger modérément tous les jours que jeûner longuement de temps en temps ». La régularité vaut mieux que l’exploit — principe que la Règle de saint Benoît systématisera.

C’est enfin le texte où figure le célèbre récit de son rêve : comparaissant devant le juge, il s’entend accuser d’être « cicéronien, non chrétien ». L’épisode a nourri quinze siècles de débat sur les rapports entre culture classique et foi.

Repères#

Auteur
Saint Jérôme
Date
384
Genre
Lettre
Langue d’origine
latin
Siècle
IVᵉ siècle
Thèmes
Le jeûne, Combat spirituel, La prière