L’essentiel · Pratique

Indulgences et œuvres de pénitence

Peu de notions catholiques sont aussi mal comprises. Une indulgence n’efface pas un péché, ne s’achète pas, ne dispense de rien. Voici ce qu’elle est réellement, et ce que le Carême y attache.

Commençons par ce qu’une indulgence n’est pas, puisque c’est là que tout se joue. Elle n’est pas un pardon des péchés : seul le sacrement de pénitence remet la faute. Elle n’est pas une autorisation de pécher — le sens moderne du mot « indulgent » a définitivement brouillé les pistes. Elle ne s’achète pas : le trafic qui a scandalisé Luther en 1517 a été formellement interdit par le concile de Trente, et l’est resté.

La distinction fondatrice : la faute et la peine#

Toute la doctrine repose sur une distinction que l’expérience ordinaire rend immédiatement intelligible. Un enfant casse une vitre par colère. Son père lui pardonne : la relation est rétablie, la faute est remise. Mais la vitre est toujours cassée, et l’enfant garde en lui une disposition à la colère. Il reste quelque chose à réparer et quelque chose à guérir : c’est la peine.

La théologie appelle cela la « peine temporelle due au péché » : non pas une punition supplémentaire infligée par un Dieu vindicatif, mais la conséquence objective du péché — le désordre qu’il laisse dans le pécheur et dans le monde. Le pardon sacramentel remet la faute et la peine éternelle ; il ne supprime pas d’un coup l’attachement désordonné qui subsiste.

L’indulgence est la rémission devant Dieu de la peine temporelle due pour les péchés dont la faute est déjà effacée, rémission que le fidèle bien disposé obtient à certaines conditions déterminées, par l’action de l’Église.

Catéchisme de l’Église catholique, n° 1471, citant Paul VI, Indulgentiarum doctrina

L’indulgence suppose donc que la faute soit déjà pardonnée. Elle n’intervient qu’après, sur la guérison — comme une rééducation intervient après l’opération.

Plénière ou partielle#

Une indulgence est partielle ou plénière selon qu’elle remet en partie ou en totalité la peine temporelle. Une indulgence plénière ne peut être obtenue qu’une fois par jour.

Manuel des indulgences (Enchiridion indulgentiarum), 4e édition, 1999.
ConditionPrécision
Accomplir l’œuvre prescriteLa prière, la visite, la lecture… indiquée par l’Église.
Confession sacramentelleUne seule confession suffit pour plusieurs indulgences plénières, dans les jours qui précèdent ou qui suivent (usage : une vingtaine de jours).
Communion eucharistiqueRequise pour chaque indulgence plénière, de préférence le jour même.
Prière aux intentions du Souverain PontifeUn Notre Père et un Je vous salue Marie suffisent.
Exclusion de tout attachement au péchéY compris véniel. C’est la condition la plus exigeante — et de loin la plus rarement remplie.

Ce que le Carême y attache#

Le Manuel des indulgences attache des indulgences à un certain nombre d’actes particulièrement liés au temps quadragésimal :

  • Le chemin de croix : indulgence plénière, aux conditions habituelles, pour qui accomplit pieusement l’exercice devant des stations légitimement érigées, en se déplaçant d’une station à l’autre (ou en suivant le célébrant si l’on est empêché).
  • L’adoration du Saint-Sacrement pendant au moins une demi-heure : indulgence plénière.
  • La lecture de la Sainte Écriture pendant au moins une demi-heure, comme lecture spirituelle et avec la vénération due à la Parole : indulgence plénière.
  • La récitation du chapelet à l’église, en famille ou en groupe : indulgence plénière.
  • La prière En ego, o bone et dulcissime Iesu (« Me voici, ô bon et très doux Jésus ») devant un crucifix, après la communion, un vendredi de Carême : indulgence plénière.
  • Les exercices spirituels d’au moins trois jours entiers.
  • Une indulgence partielle est attachée aux actes de pénitence volontaire — abstinence, privation, aumône — accomplis dans un esprit de conversion.

Sources : Paul VI, constitution apostolique Indulgentiarum doctrina, 1er janvier 1967 ; Enchiridion indulgentiarum, 4e éd., Pénitencerie apostolique, 1999 ; Code de droit canonique, can. 992-997 ; Catéchisme, n° 1471-1479. Les concessions particulières peuvent être précisées chaque année par la Pénitencerie apostolique, notamment lors des jubilés.

Pour les défunts#

Une indulgence peut être appliquée à soi-même ou à un défunt — jamais à un autre vivant. Cette règle a une raison précise : elle exprime la communion des saints, l’idée que le bien accompli par un membre du corps profite à tout le corps, y compris à ceux qui ne peuvent plus rien pour eux-mêmes.

Beaucoup de fidèles trouvent ici, en Carême, un usage très concret : offrir chaque jour l’indulgence attachée à un chemin de croix pour un défunt précis, nommé. Cette pratique a l’avantage de faire sortir la pénitence de soi.

Faut-il en faire un axe de son Carême ?#

Honnêtement : non, pas nécessairement. Les indulgences sont une offre, pas une obligation. Le Carême tient parfaitement sans elles ; l’Église ne demande à personne d’en obtenir. Elles présentent un danger réel — la comptabilité spirituelle — que l’histoire a largement documenté.

Mais elles disent aussi quelque chose que l’individualisme moderne comprend mal : nous ne sommes pas seuls dans notre effort. Le trésor dont l’Église dispose n’est pas le nôtre ; il est celui du Christ et des saints, et il est mis en commun. C’est le contraire d’un mérite personnel : c’est un aveu d’insuffisance qui accepte d’être compensée par d’autres.

« L’indulgence ne récompense pas celui qui l’obtient. Elle lui rappelle qu’il n’aurait pas pu payer. »